Supraways : quelques réponses

On vous avait déjà parlé de Supraways, système de transport en commun innovant, et c’est une de ces innovations de rupture, les seules qui marquent un vrai progrès. Justement, son responsable Claude Escala était à la médiathèque de SQY le 12 décembre 2019 pour une conférence, l’occasion de voir les avancées du projet et de répondre à quelques questions.

On sait que SQY est un des candidats sérieux à l’installation de ce système de transport, baptisé ici SupraSQY.

Premier constat, le système est pas mal mûri avec un projet de ligne qui irait de la gare de SQY à la Clef-Saint-Pierre à Élancourt, plus une boucle à sens unique desservant ce quartier : 9,5 km, 7 stations dont 3 futurs sites olympiques, avec 85 cabines. Les habitants de la Clef-Saint-Pierre mettraient 7 minutes pour rejoindre la gare et croiseraient en sens inverse et dans le même temps les salariés de l’Omega Parc et d’Airbus Defence & Space venant de la gare. Et vice-versa le soir.

Claude EscalaOn mesure déjà tout l’intérêt du concept avec les prémices d’un maillage par boucles interconnectées entre elles et elles mêmes connectées aux réseaux de transport existants.

L’image suivante donne une idée de ce que ça pourrait représenter à l’échelle du sud-ouest francilien, entre TGV de Massy, aéroport d’Orly, terminal de métro du Pont de Sèvres et les grandes agglos de SQY, Versailles, Plaisir, Saclay.

On voit tout l’avantage de ce système de maillage par rapport à la ligne 18 qui va de A à B en ignorant tout ce qu’il y a autour et ce qu’il y a entre des stations espacées de plusieurs km. Les problèmes actuels de transports illustrent l’inefficacité d’une ligne de métro : incivilités, retards, pannes (ça ne supporte ni le gel ni les feuilles mortes) et ces grèves à répétition qui se reproduiront encore et encore, le sort des privilégiés de la RATP et de la SNCF étant loin d’être règlé.

De plus le maillage permet de contourner une interruption de ligne, à la manière des réseaux Internet : si un serveur tombe en panne ou une ligne est coupée, les paquets transitent ailleurs !

Les innovations majeures du système sont :

  • transport 24/7 à la demande depuis smartphone en véhicules de 7 à 9 places, attachés comme en voiture ;
  • transport direct de point à point sans arrêt en court-circuitant les gares : les arrêts en gare se font sur des déviations  parallèles ;
  • véhicules légers (3 tonnes) circulant sous des rails situés en hauteur sur des pylones à faible emprise au sol et doublant les voies de communication existantes. A l’image du People Mover de Detroit, le système est suffisamment léger et étroit pour passer partout, enjamber les obstacles là ou un tramway ou un métro ou une 4 voies demandent des infrastructures lourdes, s’accrocher à un immeuble, pénétrer dans un centre commercial…
  • la possibilité d’avoir des navettes de fret, ou d’accrocher des containers sous les cabines.

Claude Escala a donné quelques indications de conception :

  • les pentes d’entrée et de sortie de gares, favorisant les décélérations et les accélérations et par voie de conséquence les gares surélevées par rapport aux lignes qui peuvent permettre l’implantation de commerces en dessous.
  • l’absence d’aiguillages : le véhicule choisit lui-même sa voie aux embranchements, par un système de patins à roulettes rétractables donnant appui sur l’un ou l’autre côté du rail. Cette conception permet évidemment de rapprocher en sécurité les véhicules les uns des autres et d’augmenter les fréquences ;
  • la suspension et propulsion sur roues à pneus qui garantissent de pouvoir monter des pentes mouillées et d’y freiner ;
  • l’implantation des parkings plutôt en périphérie de système, les centres villes étant saturés : on incite les banlieusards de campagnes éloignées à laisser leur voiture à l’un des points d’entrée du système. Encore faudra-t-il que ces parkings soient GRATUITS (par le titre de transport), VASTES et SÉCURISÉS, tant pour les véhicules que pour les usagers aux heures tardives si on veut décider les gens à y laisser leur voiture.
SupraSQY, la gare de SQY

La gare de SQY

Des questions restent en suspens :

  • le démonstrateur de chariot à roues présenté en vidéo parait d’une extrême lenteur aux changements de direction ;
  • ce système entièrement nouveau doit être testé et homologué et disposer pour cela d’un circuit d’essai fermé. Où ? SQY mettrait à disposition la friche Thalès près du Technocentre Renault mais on parle déjà de ne pas faire la boucle de vitesse par économie. Comment alors qualifier les vitesses revendiquées ? N’oublions pas que seule la vitesse est facteur de progrès et marquera la différence par rapport aux autres transports.
  • le problème des gares : il faut s’y rendre et à quoi sert de se déplacer à 100 km/h si on doit mettre 30 minutes pour rejoindre une gare alors que le système vous passe devant ? C’est bien là tout l’inconvénient par rapport aux véhicules autonomes qui s’arrêtent devant vous ;
  • les temps d’embarquement/débarquement et d’immobilisation de PMR, vélos, poussettes, etc.

Pourquoi pas à la place de la ligne 18 ?

Claude Escala s’est montré d’une extrême frilosité, préférant se présenter en apporteur de trafic aux réseaux SNCF/RATP qu’en concurrent ! C’est donc aux élus d’être courageux et d’imposer un système qui se rapproche du cahier des charges utilisateur.

En conclusion

Voila un système qui ne trouvera sa vraie performance et rentabilité que dans le cadre d’un déploiement massif et ambitieux avec des boucles par quartier. Si on ne fait qu’une ligne, ça finira comme l’aérotrain dont on aperçoit encore des ruines en Essonne… Le véhicule autonome reste un concurrent crédible.

Quand en finira-t-on avec ces systèmes de tramways ou de métro inventés au XIXème siècle, en panne, en retards, en grève et ces bus dont la vitesse moyenne est celle d’un marcheur … ?